Episode 1 : Introduction - Changer de paradigmes

Salut à tous !
Je souhaite commencer une série de posts afin de donner quelques principes de base pour bien démarrer un jardin/potager en permaculture.
Je pratique le MSV (maraîchage sur sol vivant), la version "pro" de la perma, avec une bonne assise scientifique et surtout, des explications à tel ou tel phénomène.
Si vous souhaitez vous informer/former sur ce sujet, je vous conseille d'aller voir du côté de la chaîne Youtube "Ver de terre production" et plus particulièrement les vidéos de Konrad Schreiber (ingénieur agronome) et François Mulet (maraîcher sur sol vivant en Normandie), tous les 2 très bons vulgarisateurs.
Je ne suis pas une professionnelle, mais j'ai une formation en horticulture, donc mon regard est peut-être biaisé, vous me direz. (J'ai bossé quelques années chez des producteurs mais la mentalité du moyen-âge m'a donné envie de prendre le large ! ^^)

Le titre de ce post est donc : CHANGER DE PARADIGMES

Quels paradigmes me demanderez-vous !

Le premier est celui du TRAVAIL DU SOL bien-sûr !

A-t-on déjà vu une forêt labourée ?
Et pourtant, les sols les plus fertiles de la planète sont dans les forêts ! Bien loin devant les meilleures terres cultivées !
Alors pourquoi les agriculteurs se font ch... à travailler le sol (labour, décompactage, etc.) ??
Pour différentes raisons paraît-il : décompacter, aérer, créer un "lit de semences", "améliorer la structure", etc.
Oui mais voilà ! Ce travail est la cause de tous les maux ! Et ne sert en réalité à rien !
Si si, tous les maux ! Erosion, pollution du sol, de l'air.
A rien ? Bin oui, la nature étant bien faite, ce travail est réservé aux ... VERS DE TERRE ! Mes amooooours ! Je les adôôôre !

Mais revenons aux "maux" et expliquons pourquoi le travail du sol est à proscrire.
Lorsque je retourne ou "travaille" la terre (sur 20 cm ou 5 cm, c'est pareil !), je casse le gîte et le couvert de la faune et de la flore habitant là.
Imaginez que tous les 2/3 mois, ou même 6 mois (pour les moins acharnés du travail du sol), je vienne détruire votre maison et tuer tout ce qui vous permet de vous nourrir.
Chez les humains, ça s'appelle la guerre !
Il est du coup facile à comprendre que si l'on souhaite un sol sain, il ne faut pas trop les déranger. D'autant plus que les vers, bactéries, insectes et champignons ont un rôle prépondérant dans la fertilité des sols et donc la bonne santé de vos plantes (et la production de votre manger aussi !). Mais j'y reviendrai dans un autre post.

Par ailleurs, un autre phénomène opère lorsqu'on retourne la terre ou lorsqu'on utilise une grelinette, désolée Arnaud😉.
On y introduit de l'oxygène, O2.
Le sol étant composé de Carbone, C et d'azote N, ils vont interagir avec cet intrus.
Ce qui donne C+O2=CO2, gaz à effet de serre qui s'évapore dans l'atmosphère et N+O2=NO2 qui sont des ... nitrates, gros polluants de rivières ou des plages bretonnes car lessivés par les eaux de pluie !
C'est d'ailleurs exactement à cause de CE CO2, et pas du tout pour l'utilisation des énergies fossiles, que l'on considère l'agriculture comme l'un des secteurs d'activité les plus polluants !

Ce phénomène s'appelle la minéralisation, qui engendre encore un autre phénomène, l'érosion. .
Dont les conséquences sont beaucoup plus visibles et spectaculaires quand ça arrive : inondations, rivières maronnasses, impact des sécheresses, etc.
Petit explication :
Le sol est structuré grâce au complexe argilo-humique.
Cela veut dire que l'argile (dans tous les sols même ceux dits sableux ou limoneux) et l'humus sont combinés pour rendre votre sol stable.
Dans la mesure où l'humus est constitué de carbone, si celui-ci s'évapore en gaz alors c'est toute la structure du sol qui est atteinte, d'où ce phénomène d'érosion.
Le carbone est aussi celui qui permet la rétention d'eau d'où un impact plus important des sécheresses sur un sol travaillé que sur un sol préservé !

J'entends déjà certains dire :
- "ouiiii, mais y'a besoin d'oxygène pour les plantes et les insectes",
- "ouiiii mais y'a bien déjà de l'oxygène dans le sol" !!
Tout à fait ! On est d'accord ! Et justement !
La nature n'a pas besoin de vous pour oxygéner le sol !
Elle le fait à son propre rythme, celui qui a été créé il y a des millions d'années et qui ne pollue pas !

Ce sera d'ailleurs ma conclusion : observez la nature, copiez-là !
Elle n'a pas besoin de l'homme pour être parfaite !

Voilà, j'en ai fini avec ce premier paradigme !

Je souhaite rajouter ici une dernière information, qui va souvent de paire avec le travail du sol.
NE LAISSEZ JAMAIS VOTRE TERRE NUE !
Connaissez-vous les stérilisateurs à ultra-violet ? Ils sont très couramment utilisés dans les hôpitaux, on peut même en acheter sur des sites de e-commerces.
Pourquoi je vous parle de ça ?
Et bien parce que les UV stérilisent tout ! Et surtout, ceux du soleil stérilisent votre terre !
Et donc "bye bye" les gentilles petites bactéries du sol qui décomposent les matières organiques et/ou vivent en symbiose avec vos plantes !
Votre paillage a donc beaucoup d'utilité : fertilisation, protection contre les UV, etc.
Mais ça, ce sera pour le prochain post !

Merci d'avoir tenu jusqu'ici !😄

(N'hésitez pas à me dire si le post est trop long, à me poser des questions si y'a un truc que vous n'avez pas compris, si vous voulez approfondir un sujet, j'essaierai de répondre)

  • Arnaud
    il y a 2 ans

    Hello Cendri.

    Merci de partager ton avis et ton expérience sur le travail du sol ! Je suis d’accord avec toi concernant le fait qu’il faut prendre soin du sol et ne pas le travailler inutilement. Par contre, je suis un peu plus nuancé pour le travail du sol. Je trouve que l’utilisation de la grelinette ou d’autres outils pour travailler le sol est utile dans certains cas :
    - Lorsque la terre est trop argileuse ou de mauvaise qualité (je n’ai pas dit qu’une terre argileuse était de mauvaise qualité 😋). En général, après quelques années d’apport, ce n’est plus nécessaire de passer la grelinette, en effet.
    - C’est aussi utile pour certaines cultures, notamment les carottes et certains légumes racines qui ont besoin d’une terre travaillée en profondeur et bien affinée pour faciliter la préparation en cuisine, notamment, sans quoi elles seraient trop biscornues ou trop courtes.

    Aussi, concernant la terre à nue, je suis d’accord avec le fait de la laisser à nu le moins possible. Par exemple, en hiver je plante souvent un engrais vert, je bâche ou je paille la terre selon les parcelles. Cependant, au printemps, pour réchauffer le sol plus rapidement j’enlève tout avant de semer. Je laisse tout de même la terre à nu pour certaines cultures ; Exemple : l’oignon, l’ail, l’échalotte qui pourraient pourrir à cause d’un sol trop humide. Pour les carottes, je laisse aussi à nu les premières semaines après le semi pour pouvoir désherber plus facilement. Quelle technique emploies-tu d’ailleurs pour couvrir le sol sur une parcelle de carottes ? Du semis à l’éclaircissage ?

  • Guest
    il y a 2 ans

    Salut Arnaud !
    Pour ce qui est du désherbage, j'utilise une technique du MSV : la bâche opaque et noire.
    Je récupère de vieilles bâches d'ensilage que mes voisins agriculteurs auraient jetées et les posent à peu près en ce moment pour mes plantations du mois de mai.
    Ce procédé a plusieurs avantages :
    - la bâche noire réchauffe le sol plus rapidement, car la technique du paillage a ce désavantage : retarder le réchauffement du sol, c'est bien en plein été mais gênant au printemps ;
    - ce réchauffement accélère la décomposition des matières organiques et donc la fertilité du sol (les micro-organismes du sol ont une activité maximale aux alentours des 25°C) ;
    - l'occultation de la lumière empêche les adventices de pousser et/ou germer, je me retrouve donc avec une planche de culture "vierge de mauvaises herbes".

    De plus, retourner la terre "réveille" la germination des adventices. (Gérard Ducerf a étudié le phénomène)
    C'est d'ailleurs à cause de cette particularité qu'il existe la technique du faux semis.
    Si tu n'ouvres qu'un sillon, sans déranger le reste, alors très peu de désherbage sera nécessaire par la suite.
    Et pour les carottes, je garde toujours un paillage. Sur le sillon, il sera très léger et avec de la tonte (brins plus courts et donc plus facile à utiliser sur cette culture) et tout autour, je garde le paillage habituel.

    Par ailleurs, pour ce qui est de la question de l'humidité sur les alliacées, il est vrai que les sols argilo-calcaires (comme chez moi) sont plutôt réputés pour être bien drainants voir sec. Mais si je devais cultiver sur un sol lourd, je garderais le paillage, ferais plutôt une culture en butte et choisirais des variétés moins sensibles au pourrissement.

    Sur la question de la qualité de la structure du sol, je ne vois qu'une solution pour te répondre !
    Je vais prendre des photos de mon potager et faire un post !

  • Digger
    il y a 2 ans

    Je travaille sur des parcelles de 1,20/1,50m max de largeur.La largeur d'une tondeuse entre les parcelles. Ainsi, je ne marche jamais sur la terre. Toujours couverte, elle n'est pas tassée par la pluie. Une terre argileuse (si précieuse avec nos sécheresses récurrentes) s'est recouverte d'une couche d'humus permettant toutes les cultures. Les allées enherbées permettent de garder la fraicheur. J'ai commencé avec des végétaux à racines pivotantes. La consoude de Russie (non invasive et excellent engrais, par exemple ameublit très bien un terrain). Des panais demi-longs peuvent suivre. (ou de l'arroche) Et si vous donnez le temps à la nature, si vous respectez la décomposition naturelle à la surface du sol, dans quelques années vous sèmerez des carottes.( Pour les alliacées, je te conseille de faire une petite butte au lieu d'un sillon, ce qui les protège de l'humidité excessive) et ce qui n'empêche pas le paillage au pied de la petite butte). Quant à la levée des semis, une légère couverture de tonte ne les empêchent nullement de trouver la lumière et cela ne pose pas de problème pour l'éclaircissage .Une fois cela fait ,je butte légèrement les crottes et augmente le paillage. Bon courage

  • Guest
    il y a 2 ans

    J'imagine que tu ne butte pas les crottes mais plutôt les carottes ! Hihi !

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