Marcottage : quand, comment et quelles plantes marcotter ?
Un figuier dont tu aimerais retrouver les fruits dans un autre coin du jardin, un bel arbuste à partager avec un proche… Avant de sortir le sécateur pour tenter une bouture, regarde ses branches basses. L’une d’elles pourrait te donner une nouvelle plante sans même être coupée, du moins dans un premier temps. C’est tout le principe du marcottage.
Le mot semble technique. Pourtant, certaines plantes le font toutes seules : une tige touche la terre, s’y enracine et finit par devenir indépendante. Au jardin, on accompagne simplement ce mouvement.
Qu’est-ce que le marcottage ?
Une bouture doit fabriquer ses racines alors qu’elle est déjà séparée de la plante. La marcotte, elle, reste reliée au pied d’origine. Celui-ci continue de l’alimenter pendant qu’elle s’enracine. On coupe seulement lorsque les racines sont suffisamment développées.
Il existe plusieurs façons de procéder. Pour un premier essai, le plus simple reste une branche souple que l’on peut coucher au sol. Les autres méthodes répondent à des situations bien précises : une branche inaccessible, une longue tige de grimpante ou un arbuste qui produit de nombreuses pousses à sa base.
Quand faire un marcottage ?
En Belgique et dans une grande partie de la France, le printemps est une bonne période pour commencer. Le marcottage au sol se pratique aussi à l’automne sur de nombreuses plantes caduques. Pour les persistants, privilégie plutôt le printemps. Les dates doivent suivre le climat de ton jardin : évite le gel, la canicule et les plantes déjà affaiblies par la sécheresse.
Comment faire un marcottage ? Les cinq méthodes en images
Une branche basse et souple ? Commence par le couchage au sol. Les autres méthodes permettent de choisir un montage adapté à la plante et aux branches disponibles.
1. Le marcottage au sol : le plus simple pour débuter
- Choisis une branche saine que tu peux approcher de la terre sans forcer.
- Prépare un sillon d’environ dix centimètres de profondeur à l’endroit où elle touche naturellement le sol.
- Retire les feuilles de la portion qui sera enterrée.
Sur l’illustration du marcottage au sol, la branche reste reliée au figuier : seule sa portion intermédiaire est enterrée, tandis que son extrémité feuillée ressort de terre.
Couche cette portion dans le sillon, maintiens-la avec une agrafe de jardin, puis recouvre et arrose. Le bout de la branche reste à l’air libre. Un petit tuteur peut l’aider à se redresser. Pour certaines espèces ligneuses, une légère blessure sous la partie enterrée favorise l’émission des racines, mais elle ne doit pas fragiliser le rameau.
Il reste ensuite à garder la terre fraîche. Si la branche atteint difficilement le terrain, tu peux aussi installer sa portion intermédiaire dans un pot placé à proximité et bien calé. Le principe reste exactement le même.
2. Le marcottage aérien : pour les branches qui ne se courbent pas
Sur un magnolia ou un camélia dépourvu de branche basse, on peut entourer une portion de tige de matière humide pour y faire apparaître des racines. Le geste demande davantage de soin que le marcottage au sol.
L’illustration du marcottage aérien montre les racines dans la sphaigne ; la protection opaque est écartée pour rendre le montage visible.
- Choisis un rameau sain, généralement âgé d’un à deux ans, et dégage la zone de travail.
- Avec une lame propre, réalise une petite incision oblique adaptée à l’espèce, sans sectionner la branche.
- Glisse un peu de sphaigne humide dans l’ouverture et entoure la zone avec cette même matière, essorée pour qu’elle ne dégouline pas.
Ferme le montage dans une enveloppe qui limite le dessèchement et protège-le de la lumière avec un habillage opaque. Vérifie occasionnellement l’humidité et la formation des racines, puis referme. Pour débuter, travaille sur un petit rameau accessible depuis le sol : une grosse branche sera bien plus délicate à manipuler et à maintenir après la séparation.
3. Le marcottage de l’extrémité : pour les ronces fruitières
Tu as peut-être déjà découvert une tige de ronce accrochée à la terre par son bout. Certains mûriers à fruits et leurs hybrides s’enracinent ainsi naturellement. On peut reproduire ce phénomène en enterrant seulement l’extrémité d’une longue tige souple.
Il s’agit ici des ronces fruitières du genre Rubus, qui donnent les mûres du jardin, et non des mûriers du genre Morus, qui sont des arbres.
Sur l’illustration du marcottage de l’extrémité, c’est le bout de la tige qui s’enracine, au terme de sa grande courbe.
Lorsqu’un rameau assez long est disponible, courbe-le sans le casser et enterre sa pointe à environ cinq à huit centimètres de profondeur. Maintiens-la si nécessaire et arrose. Selon la plante et la période choisie, l’enracinement peut permettre une séparation à l’automne ou au printemps suivant. Vérifie toujours les racines avant de couper.
4. Le marcottage en serpenteau : pour les longues tiges
Une longue tige de clématite ou de chèvrefeuille peut fournir plusieurs marcottes. Au lieu de l’enterrer en un seul endroit, on alterne les portions sous terre et celles qui restent à l’air libre. Vue de côté, la tige dessine une succession de petites vagues.
L’illustration du marcottage en serpenteau permet de suivre la même tige d’un point d’enracinement au suivant.
- Au printemps, choisis une tige longue et souple.
- Enterre plusieurs portions portant un nœud, l’endroit où s’insèrent les feuilles, après avoir retiré celles qui seraient enfouies.
- Fixe chaque portion et garde les parties intermédiaires feuillées hors du sol.
- Une fois les différents points bien enracinés, coupe entre eux pour obtenir plusieurs jeunes plants.
Il faut parfois attendre la saison suivante avant de pouvoir séparer les marcottes.
5. Le marcottage en cépée : autour des jeunes pousses
Cette fois, on ne courbe aucune branche. On rassemble progressivement de la terre autour de jeunes pousses pour qu’elles émettent des racines à leur base. La méthode s’emploie sur certains arbustes capables de repartir après une taille courte, et en pépinière pour multiplier des porte-greffes.
Sur l’illustration du marcottage en cépée, les trois pousses sont attachées au même pied mère. Les fines racines claires apparaissent dans la butte, au-dessus des anciennes racines brunes.
Sur une espèce qui le supporte, le pied est rabattu pendant le repos végétatif. Lorsque les nouvelles pousses grandissent au printemps, on ramène peu à peu une terre légère autour de leur base, en laissant leur feuillage dégagé. La butte doit rester fraîche. Au repos végétatif suivant, on la dégage pour séparer uniquement les pousses suffisamment enracinées.
Ce n’est pas une taille à improviser sur n’importe quel arbre. Pour un premier essai au jardin, le marcottage d’une branche basse est beaucoup moins engageant.
Quels arbres et arbustes peut-on marcotter ?
Le figuier est un bon candidat lorsqu’il possède un rameau bas et souple. Le forsythia convient également pour découvrir le geste. Le noisetier, le camélia, le rhododendron, l’azalée et le magnolia peuvent se marcotter, avec des délais et une facilité d’enracinement variables. Parmi les grimpantes, pense au chèvrefeuille et à la clématite.
Quelle méthode choisir selon l’arbre ou l’arbuste ?
Ce tableau indique la méthode à privilégier pour un essai au jardin. Il ne s’agit pas d’une préférence absolue : la souplesse des branches, l’espèce et la variété peuvent changer le choix. La liste rassemble des arbres et de grands arbustes ; leur taille adulte et leur port varient selon l’espèce.
| Arbre ou arbuste | Méthode à privilégier | À savoir avant de commencer |
|---|---|---|
| Figuier | Au sol, par couchage | Un bon premier essai si une branche basse se courbe sans casser. |
| Noisetier | Au sol, par couchage | Choisis un jeune rameau bas et souple ; laisse-lui le temps de former suffisamment de racines. |
| Magnolia | Au sol si une branche s’y prête ; sinon aérien | Ne force pas sur un rameau rigide. L’enracinement peut être lent. |
| Certains érables | Aérien si aucune branche ne peut être couchée | La réussite varie selon l’espèce et la variété ; ce n’est pas le choix le plus simple pour débuter. |
| Camélia | Au sol sur une branche basse ; aérien en l’absence de branche accessible | Privilégie le printemps et utilise un substrat adapté aux plantes de terre acide. |
| Rhododendron et azalée | Au sol, par couchage | Une branche basse facilite le montage. Le substrat doit rester frais et adapté à ces plantes. |
| Forsythia | Au sol, par couchage | Ses longs rameaux souples en font un candidat accessible pour apprendre. |
| Viorne | Au sol lorsqu’un rameau souple est disponible | Vérifie l’espèce cultivée : toutes les viornes ne présentent pas le même port. |
| Cotinus, ou arbre à perruques | Au sol si une branche se courbe ; sinon aérien | La forme du sujet détermine le montage le plus pratique. |
| Olivier | Marcottage aérien | À tenter pendant une période de croissance active et douce à chaude. L’enracinement varie selon la variété ; le bouturage est une autre voie de multiplication courante. |
| Grenadier | Aérien, ou au sol si une branche souple s’y prête | Le marcottage est possible, mais le bouturage est souvent plus simple pour obtenir plusieurs plants. |
| Cognassier à fruits (Cydonia oblonga) | En cépée, sur un pied destiné à cet usage | Employé notamment pour multiplier des porte-greffes. Ne rabats pas un cognassier greffé du verger sans tenir compte de son point de greffe. |
| Certains saules (Salix) | Au sol sur un jeune rameau souple | Le marcottage est possible, mais les boutures de nombreuses espèces s’enracinent facilement et sont souvent plus pratiques. |
| Cornouillers (Cornus) | Au sol si le rameau se courbe ; aérien pour certains cornouillers à fleurs | Le choix dépend de l’espèce : les cornouillers arbustifs et ceux qui forment de petits arbres ne se travaillent pas tous de la même façon. |
| Hamamélis | Au sol sur une branche basse ; aérien si nécessaire | Prévoir un enracinement lent. Si le sujet est greffé, choisir une branche de la variété souhaitée, au-dessus du point de greffe. |
| Lilas (Syringa) | Au sol sur une branche basse | Le marcottage permet de garder la variété de la branche choisie. Sur un lilas greffé, un rejet venant des racines peut appartenir au porte-greffe. |
| Pommier et poirier du verger | Privilégier la greffe pour reproduire une variété fruitière | Une branche marcottée perd le bénéfice du porte-greffe. Le marcottage en cépée de certains porte-greffes relève d’un autre usage. |
Pour un premier essai, retiens surtout le figuier ou le forsythia avec une branche basse. Le marcottage aérien demande un geste plus précis et davantage de surveillance.
Et pour les arbres fruitiers de climat chaud ?
Les arbres ci-dessous se marcottent aussi, mais leurs besoins de chaleur changent les conditions de réussite. En Belgique ou dans les régions froides, leur culture demande généralement un abri adapté ; les périodes indiquées pour les arbres du jardin ne leur sont pas automatiquement applicables.
| Arbre | Méthode adaptée | Point d’attention |
|---|---|---|
| Agrumes : citronnier, oranger, mandarinier | Marcottage aérien, pendant les mois chauds | Possible, mais un plant obtenu sur ses propres racines perd les avantages d’un porte-greffe sélectionné. La greffe reste une méthode courante de multiplication. |
| Litchi | Marcottage aérien | Une méthode courante pour conserver une variété. Nécessite des conditions chaudes et un suivi attentif de l’humidité. |
| Longanier | Marcottage aérien | Adapté aux conditions chaudes ; la reprise après séparation demande des soins. |
| Goyavier commun (Psidium guajava) | Marcottage aérien | À réaliser en période chaude de croissance. Ne pas le confondre avec le feijoa, parfois appelé goyavier du Brésil. |
Quand séparer une marcotte de la plante mère ?
De nouvelles feuilles ne prouvent pas que la marcotte a pris. La plante mère continue à l’alimenter. Ce sont les racines qu’il faut observer, délicatement, sans défaire tout le montage.
Plusieurs mois peuvent être nécessaires, parfois une année ou davantage. Lorsque les racines sont assez nombreuses pour nourrir le rameau, coupe entre la plante mère et la partie enracinée. Conserve la motte ; pour une marcotte aérienne, ne cherche pas à arracher la sphaigne des racines.
Accompagner les premières semaines après la séparation
Installe le jeune plant dans un pot percé avec un substrat adapté. Arrose et garde-le temporairement à l’abri du vent et du soleil brûlant. Ses racines sont encore fragiles : accompagne sa reprise avant de l’installer définitivement au jardin.
Peut-on marcotter un pommier ou un poirier ?
Ces fruitiers sont généralement greffés sur un porte-greffe qui influence leur vigueur, leur adaptation au terrain et leur mise à fruit. Une branche marcottée produit ses propres racines : elle ne conserve donc pas les avantages du porte-greffe de l’arbre d’origine. Le marcottage en cépée des porte-greffes en pépinière répond à un autre besoin : ces jeunes plants seront ensuite greffés.
Pour multiplier un premier fruitier au jardin, un figuier doté d’une branche basse constitue un essai plus accessible. Une branche, une étiquette avec la date, un peu d’attention à l’arrosage : tu auras déjà de quoi suivre toute l’aventure.





brice.de.gorsse
il y a 2 semainesMerci pour cet article
Mirabeille
il y a 2 semainesLa nature est pleine de ressources 😍