Si vous avez déjà fait un peu de jardinage, vous avez peut-être déjà entendu parler de la bouillie bordelaise. Ce mélange d'eau, de chaux et de sulfate de cuivre est un fongicide utilisé pour prévenir certaines maladies qui peuvent infecter les plantes de votre jardin. Cependant, bien que son utilisation soit très courante, il vaut mieux savoir s'en passer quand c'est possible ; découvrez pourquoi dans les lignes qui suivent !

La bouille bordelaise, une solution miracle mais destructrice

La couleur bleuâtre de la bouillie bordelaise est assez distinctive. Cette substance est généralement utilisée pour traiter des infections comme le mildiou, responsable de l'apparition de taches brunes sur vos tomates, pommes de terre ou vignes, par exemple. Sans traitement, le mildiou conduit bien souvent à l'absence partielle voire totale de récoltes... assez frustrant pour les jardiniers que nous sommes. C'est pour cette raison que ce produit disponible facilement en jardinerie est autant utilisé dans nos potagers. En effet, il est radical et permettra bien souvent d'éliminer cette maladie cryptogamique en quelques jours seulement.

Préparation bouille bordelaise

Solution miraculeuse, peut-être, mais de nombreuses études démontrent aujourd'hui les méfaits de la bouillie bordelaise tant sur l’homme que sur le sol, malgré le fait qu'elle soit pourtant tolérée en agriculture biologique. En effet, elle est composée majoritairement de cuivre, ou précisément de sulfate de cuivre. Ce composé provoquerait en effet différents effets indésirables :

  • Toxique pour les sols : le cuivre détruit le mildiou, mais il détruit aussi tous les champignons bénéfiques à votre sol, ceux qui favorisent la fertilité et le développement de l'humus par exemple. Une fois appliqué et d’autant plus si cela est récurrent, votre sol s’appauvrira et en permaculture, n’est-ce pas justement la culture sur sol vivant qui nous intéresse le plus ?
  • Toxique pour l’humain : certaines études tentent à démontrer qu’il est bien toxique et cet aspect est bien souvent ignoré ou méconnu par le jardinier amateur. En effet, il provoquerait des irritations cutanées et oculaires, et s’avèrerait particulièrement toxique en cas d’ingestion.
  • Défavorable au plant cultivé, les orifices de respiration auront tendance à être bouchés, résultant une moins bonne respiration de la plante pour aboutir à une baisse de qualité et de productivité.

Autre problème : son dosage par les jardiniers amateurs puisque la plupart des préparations sont faites maison. Avant application, il faut donc bien vérifier la notice. En général, on applique 10 à 25g de produit par litre d’eau, en fonction du légume à traiter. Il est également possible de trouver des produits vendus en magasin déjà préparés.

Comment prévenir le mildiou « naturellement » ?

Pour être véritablement efficace, la bouillie bordelaise devrait idéalement être appliquée en plusieurs fois et de manière récurrente. Une grosse quantité de pluie a tendance à lessiver le cuivre et donc à rendre inefficace le produit. Pour prévenir le mildiou, il faudrait en effet utiliser cette bouillie après chaque intempérie. Cette corvée n'est pas nécessaire, je vous l'assure !

Plant de tomate atteint du mildiou

En effet, pour avoir de belles récoltes, avoir recours à la bouillie bordelaise ne doit pas être une obligation, il est, en effet, possible de faire pousser de belles tomates sans cette intervention. Bon à savoir : prévenir vaut mieux que guérir, et voici quelques solutions pour prévenir l’apparition de cette maladie sur vos plantes :

  • Le paillage est une manière de limiter l’apparition du mildiou qui apparaît bien souvent après une pluie battante. En effet, les gouttelettes de pluie qui s’écrasent sur une terre nue peuvent projeter des spores sur la plante. Si les conditions de son développement sont réunies (temps humide et absence de soleil qui élimine l’eau stagnante puis chaleur), il aura vite fait de coloniser vos malheureux plants. Découvrez ici comment réaliser facilement un bon paillage !
  • La plantation de moutarde à l’automne sur la planche où vous installerez les solanacées (tomates, aubergines, pommes de terre) l’année qui suit permettra « d’épurer » votre sol. En effet, cet engrais vert a un pouvoir naturellement fongicide. Notez que le mildiou peut aussi s’attaquer à d’autres cultures comme les oignons, melons, épinards, poireaux, mâche, laitue etc, mais cela est bien moins courant.
  • Espacer vos plants suffisamment, ou les disperser dans votre potager est également un moyen de prévenir cette maladie qui risque de se propager de plant en plant si vous avez planté trop serré. De plus, évitez de mettre les tomates à proximité des pommes de terre ou des aubergines.
  • Favorisez la rotation des cultures en ne plantant pas les mêmes familles de légumes au même endroit chaque année.
  • Evitez d’arroser le feuillage des plantes de la famille des solanacées (et également les cucurbitacées d’ailleurs). Préférez un arrosage au pied puisque l’eau stagnante sur le feuillage favorise le développement du mildiou.
  • Pulvérisez un mélange de purin d’orties en prévention lorsque les conditions météo peuvent être à risque (comme dit plus haut, pluie et absence de soleil, puis chaleur).
  • Préférez cultiver en serre les plants de tomate ou d’aubergine ou sous un plastique de protection. Cela permettra de les protéger de la pluie et accélèrera leur croissance tout en les préservant de certains nuisibles.

Comment traiter le mildiou naturellement ?

Si le mal est déjà fait, vous n’aurez d’autre choix que de traiter vos plants malades que vous reconnaitrez facilement grâce aux tâches brunes sur les feuilles ou les tiges. Pour ce faire, il existe également d’autres solutions que la bouillie bordelaise :

  • Coupez les parties atteintes par le mildiou et SURTOUT désinfectez votre sécateur avant de passer au plant suivant. Vous pouvez pour ce faire passer les lames sous la flamme d’un briquet ou les badigeonner d’alcool pur entre chaque coupe sur une autre plante.
  • Certains pulvérisent également une infusion de tanaisie ou de l’huile essentielle d’origan. Bien que permaculturelle, cette solution n’a jamais fonctionné chez moi pour traiter le mildiou mais n’hésitez pas à me dire dans les commentaires si cela a eu un meilleur effet chez vous. Je préfère, pour un traitement naturel, utiliser du bicarbonate de soude à raison de 5g par litre. J'y ajoute également un peu de savon noir pour que ce dernier se fixe plus facilement aux feuilles.
  • En dernier recours, utilisez avec parcimonie la bouillie bordelaise, mais n’oubliez pas de mettre en place les solutions de prévention décrites plus haut qui s’avère être redoutablement efficaces. Dans mon potager que je cultive depuis 2017, je n’ai jamais eu le mildiou avant le mois d’octobre (ce qui s’avère être normal à cette période au vu des conditions météo dans le Nord de la France ou en Belgique).